La qualité de l'air ambiant dans les villes européennes est passée d'une préoccupation technique à une priorité de santé publique. De plus en plus de données établissent un lien entre la pollution atmosphérique et les maladies respiratoires et cardiovasculaires, ainsi que l'augmentation de la mortalité prématurée. Cette préoccupation s'est accentuée en 2021, lorsque le Organisation mondiale de la santé a publié des lignes directrices actualisées sur la qualité de l'air qui abaissent considérablement les limites d'exposition recommandées.
Dans ce contexte, Airscan a mené une étude technique sur les tendances de la pollution de l'air extérieur dans les plus grands centres urbains de Belgique. L'analyse porte sur l'évolution des principaux polluants au cours des cinq dernières années à Bruxelles, Anvers, Gand, Charleroi et Liège, des villes qui représentent ensemble une grande partie de l'exposition urbaine du pays.
Aperçu de l'analyse
L'évaluation s'appuie sur des données ouvertes provenant de IRCELINE, Le réseau national de surveillance de la qualité de l'air en Belgique. Pour garantir la transparence et la comparabilité, une station urbaine de référence a été sélectionnée au centre de chaque ville :
- Bruxelles - Station 41R001 (Chaussée de Ninove, Molenbeek-Saint-Jean)
- Anvers - Station 42R805 (Belgique, Anvers)
- Gand - Station 44R701 (Koning Willem I-kaai, Gand)
- Charleroi - Station 45R501 (Rue Émile Tumelaire, Charleroi)
- Liège - Station 43R222 (Rue du Chéra, Liège)
L'analyse se concentre sur trois polluants largement utilisés comme indicateurs de la qualité de l'air urbain : les particules d'un diamètre aérodynamique inférieur à 10 micromètres (PM10), les particules fines d'un diamètre inférieur à 2,5 micromètres (PM2,5) et le dioxyde d'azote (NO₂). Les valeurs mesurées ont été comparées aux seuils fixés par l'Union européenne et l'Organisation mondiale de la santé.

Particules (PM10)
Dans les cinq villes, les concentrations moyennes annuelles de PM10 ont dépassé les valeurs guides de l'OMS pendant la majeure partie de la période 2019-2023. Charleroi a été la seule exception en 2023, enregistrant une concentration moyenne de 13,4 µg/m³. Toutes les valeurs rapportées sont toutefois restées dans les valeurs limites actuelles de l'Union européenne.

Les tendances au niveau des villes ne révèlent pas de modèle national unique et stable. À Bruxelles, les concentrations de PM10 ont atteint un minimum en 2021 avant d'augmenter légèrement les années suivantes, pour revenir à des niveaux comparables à ceux de 2020. Anvers a connu une amélioration limitée, avec des moyennes annuelles fluctuant entre 23 et 25 µg/m³ sur l'ensemble de la période.
Gand a enregistré un changement plus prononcé. Entre 2022 et 2023, les concentrations moyennes de PM10 ont diminué d'environ 24%. Malgré cette réduction, les niveaux sont restés supérieurs à la dernière ligne directrice de l'OMS. En Wallonie, Liège a enregistré une légère baisse après un pic en 2019, suivie d'une relative stabilité, tandis que Charleroi a atteint son niveau de PM10 le plus bas en 2023.

L'agrégation saisonnière met en évidence un schéma cohérent entre les villes. Les concentrations moyennes de PM10 culminent pendant la période hiver-printemps, les valeurs les plus élevées étant généralement observées en avril. Cette tendance reflète une combinaison d'émissions liées au chauffage résidentiel et d'une augmentation des particules liée au pollen et aux aérosols secondaires.

Particules fines (PM2.5)
Les particules fines ont suivi une trajectoire similaire. Les concentrations annuelles moyennes de PM2,5 ont dépassé les valeurs guides de l'OMS dans toutes les villes étudiées, tout en restant inférieures aux valeurs limites actuelles de l'UE. Dans près de la moitié des observations, les concentrations mesurées étaient plus de deux fois supérieures au seuil de l'OMS.

Comme pour les PM10, aucune tendance cohérente à l'échelle de la ville ne s'est dégagée, à une exception notable près. Une réduction marquée des concentrations de PM2,5 a été observée en 2020, coïncidant avec les mesures de fermeture de COVID-19 et une forte réduction de la circulation et de l'activité industrielle.

Dioxyde d'azote (NO₂)
Les concentrations de dioxyde d'azote ont reflété les tendances plus générales des particules. Les valeurs moyennes annuelles de NO₂ ont dépassé les lignes directrices de l'OMS tout en restant bien en deçà des valeurs limites de l'UE.

Anvers a enregistré la concentration moyenne annuelle la plus élevée en 2019 (35,4 µg/m³), tandis que la valeur la plus faible a été observée à Liège en 2023 (13 µg/m³). Une forte baisse de plus de 20% s'est produite entre 2019 et 2020, largement imputable à la réduction du trafic pendant les restrictions liées à la pandémie. Les concentrations ont partiellement rebondi au cours des deux années suivantes, mais n'ont pas retrouvé les niveaux d'avant la pandémie. Une nouvelle baisse en 2023 a abouti aux moyennes nationales les plus basses observées sur la période étudiée.

Ce que les données suggèrent
Dans l'ensemble, les résultats confirment l'existence d'un écart persistant entre la qualité de l'air urbain observée en Belgique et les limites sanitaires définies par l'OMS. À l'exception d'une mesure de PM10 à Charleroi en 2023, aucune des moyennes annuelles analysées ne respecte pleinement les lignes directrices de l'OMS.
Cette lacune risque de s'aggraver. Les normes européennes de qualité de l'air font actuellement l'objet d'une révision et devraient se rapprocher des recommandations de l'OMS. Même lorsque les villes se conforment aux limites actuelles de l'UE, des réductions supplémentaires seront nécessaires pour répondre aux attentes réglementaires futures.
Dans le même temps, les données indiquent des progrès progressifs. Les concentrations mesurées en 2023 étaient généralement inférieures à celles enregistrées au cours des années précédant la pandémie, malgré le retour du trafic et de l'activité économique. L'amélioration de la couverture de surveillance, associée à des initiatives ciblées de réduction de la pollution, semble se traduire par des gains mesurables, bien qu'à un rythme qui reste inégal d'une ville à l'autre.