La plupart des discussions sur la qualité de l'air intérieur se concentrent sur les bureaux : des espaces dotés de systèmes de ventilation gérés, d'équipes techniques et de référentiels de certification. L'appartement moyen, quant à lui, est bien moins étudié, ce qui mérite d'être examiné, sachant que les Européens y passent entre 80 et 90 % de leur temps. Afin d'obtenir une image plus fidèle de la qualité de l'air dans les logements, Airscan a surveillé un appartement d'une chambre à Bruxelles pendant sept jours, en mesurant les concentrations de CO₂, de COV et de PM2,5 dans la chambre ainsi que dans le séjour/cuisine ouvert.
Les trois polluants et leur importance
Le CO2, les COV et les PM2,5 ont été choisis car ils représentent trois voies de pollution distinctes – les émissions respiratoires, le dégazage chimique et la génération de particules – chacune ayant des sources différentes et des implications différentes pour la santé.
À des concentrations élevées en intérieur, le dioxyde de carbone (CO2) est principalement un indicateur d'une ventilation insuffisante plutôt qu'une toxine directe aux niveaux habituels dans les habitations, même si un taux élevé de CO2 est systématiquement associé à une baisse de la concentration et à des maux de tête. Les composés organiques volatils (COV), émis par de nombreux produits, des produits d'entretien aux sprays de soins personnels, souvent à des concentrations jusqu'à dix fois supérieures à l'intérieur qu'à l'extérieur, présentent des risques pour la santé, à la fois immédiats et cumulatifs. Les PM2,5, particules fines d'un diamètre inférieur ou égal à 2,5 micromètres, sont les plus directement nocives des trois ; ces particules pénètrent profondément dans le système respiratoire et peuvent atteindre la circulation sanguine, avec des effets qui s'accumulent au fil du temps.

L'appartement et le dispositif de surveillance
L'appartement se situe au troisième étage d'un immeuble de la commune de Jette, donnant sur une cour intérieure plutôt que sur la rue. Il comprend une chambre de 38,3 m² et une pièce à vivre ouverte avec cuisine de 95 m². Durant la période de suivi, une personne y résidait, suivant un horaire de bureau classique, et était absente de l'appartement entre 9 h et 17 h en semaine.
Des capteurs ont été placés dans les deux pièces à environ 1,5 mètre au-dessus du niveau du sol et ont fonctionné en continu pendant sept jours.


Les niveaux moyens sont restés dans les limites acceptables ; c’est au niveau des pics que les choses se compliquent.
Dans les deux pièces, les concentrations moyennes des trois polluants sont restées dans les limites acceptables : inférieures au seuil de 15 µg/m³ sur 24 heures fixé par l’OMS en 2021 pour les PM2,5, inférieures à 900 ppm pour le CO2 et inférieures à 265 ppb pour les COV. En moyenne hebdomadaire, la qualité de l’air de l’appartement était conforme aux normes.


Les données horaires offrent un tableau plus informatif, indiquant où et quand les concentrations ont connu des pics, et pourquoi.
Ce que les données sur les chambres à coucher ont révélé
Dans la chambre, le taux de CO2 suivait une évolution prévisible : il augmentait durant la nuit, fenêtres fermées, puis chutait brutalement dès que les fenêtres étaient ouvertes ou que l’appartement était inoccupé en journée. Plus petite et occupée par une seule personne pendant huit heures d’affilée, la chambre est l’espace le plus vulnérable à l’accumulation de CO2.

Les pics de COV dans la chambre à coucher étaient étroitement liés aux routines matinales : les parfums, les laques pour cheveux et les déodorants étaient les principales sources, avec des pics apparaissant systématiquement à la même heure de la journée.

Les pics de PM2,5 dans la chambre étaient liés à l'activité physique plutôt qu'à un produit en particulier : faire le lit, se lever et les mouvements en général remettaient en suspension les particules déposées, produisant des pics brefs et marqués le matin. Les jours où l'appartement était vide – jeudi et samedi dans l'ensemble de données – aucune remise en suspension n'a été observée.

Ce que les données du salon et de la cuisine ont révélé
Dans le salon, la concentration de CO2 évoluait de façon similaire à celle de la chambre : l’accumulation matinale diminuait dès l’ouverture d’une fenêtre l’après-midi. Le volume plus important du salon impliquait que les concentrations y étaient généralement plus faibles que dans la chambre, pour une occupation comparable.

Les pics de COV dans le salon sont survenus presque en même temps que ceux dans la chambre, ce qui suggère que la source – les sprays cosmétiques et les produits de nettoyage – se dispersait simultanément dans les deux espaces au lieu de rester localisée.

Les concentrations de PM2,5 dans la cuisine et le salon différaient de celles mesurées dans la chambre. La cuisson, notamment la friture, les grillades et l'ébullition, était la principale cause de ces concentrations élevées. La cuisson à haute température produisait des particules de combustion issues des huiles et des graisses, ce qui faisait grimper les taux de PM2,5 de façon marquée lors de la préparation du dîner.

Ce que les données suggèrent quant à la manière de gérer un espace résidentiel
Le constat général est que la qualité de l'air résidentiel dans un appartement bruxellois bien situé, occupé par une personne aux habitudes standard, reste dans les limites moyennes acceptables – mais des pics liés à l'activité se produisent régulièrement et sont suffisamment prévisibles pour être traités directement.
Pour la cuisine et le séjour, les mesures les plus efficaces consistent à bien aérer pendant la cuisson, à utiliser des couvercles sur les casseroles pour limiter les émissions de particules fines et à nettoyer régulièrement le filtre de la hotte. Privilégier la cuisson à l'eau bouillante ou à la vapeur plutôt que la friture, lorsque c'est possible, permet de réduire sensiblement les niveaux de PM2,5. Les plantes d'intérieur peuvent absorber une partie des polluants, mais elles ne remplacent pas une bonne ventilation et doivent être entretenues avec soin pour éviter les problèmes liés à l'humidité.
Pour la chambre et la salle de bain, les changements les plus efficaces consistent à bien aérer lors de l'application de produits cosmétiques et de sprays, à laisser une fenêtre légèrement ouverte pendant le sommeil pour limiter l'accumulation de CO2 et à réduire l'utilisation d'aérosols en général. Remplacer les produits en aérosol par des alternatives sans aérosol permet de réduire l'exposition aux COV sans modifier ses habitudes.
Pour les appartements situés près des axes routiers très fréquentés, programmer la ventilation en dehors des heures de pointe vaut bien le léger inconvénient : la pollution extérieure aspirée par les fenêtres ouvertes peut annuler entièrement les gains de ventilation intérieure. De l'air pur pour les écoles Un projet de surveillance a révélé que les salles de classe restaient ouvertes toute la journée.