Les transports souterrains posent un problème particulier de qualité de l'air. On se trouve dans un espace clos, partagé avec des dizaines, voire des centaines d'autres personnes, tandis que les trains, en circulant dans les tunnels, génèrent leur propre pollution par le frottement des roues sur les rails, l'usure des freins et l'effet d'aspiration qui fait pénétrer l'air extérieur – et tout ce qu'il contient – directement dans la station. Airscan a mesuré les concentrations de PM2,5 et PM10 dans six stations de la première ligne du métro bruxellois en juillet 2024, et ces résultats méritent d'être pris en compte si vous empruntez régulièrement les transports en commun de la ville.
D'où proviennent les particules fines émises par les métropolitains ?
Les PM2,5 et PM10 désignent les particules fines, classées selon leur diamètre aérodynamique : des particules inférieures à 2,5 et 10 micromètres respectivement. Ces deux catégories sont réglementées par l’OMS car les particules de cette taille pénètrent dans le système respiratoire ; les PM2,5 en particulier peuvent atteindre les poumons et passer dans le sang. Dans les métros, les sources de pollution sont assez spécifiques : le freinage génère une friction entre les roues et les rails, produisant des particules grossières ; les étincelles électriques des systèmes de contact contribuent à la formation de PM2,5 plus fines ; et l’onde de pression créée par le passage d’un train dans un tunnel aspire l’air extérieur, transportant avec lui les particules présentes à l’extérieur. Les travaux et les déplacements des usagers contribuent également à la pollution de base.
Le métro bruxellois compte quatre lignes desservant 69 stations, un usager passant en moyenne environ 20 minutes pour un trajet simple – une durée suffisante pour que l'exposition cumulative ait une incidence.

Seuils de l'OMS et importance de la mise à jour de 2021
L’OMS a révisé ses directives sur la qualité de l’air en 2021, en resserrant les seuils pour les PM2,5 et les PM10 sur la base de preuves accumulées de la nocivité à des concentrations inférieures à celles prévues par les limites de 2005.

Voici ce que les mesures ont montré dans six stations
Le 1er juillet 2024, Airscan a évalué la qualité de l'air dans six stations de la ligne 1 : Étangs Noirs, Sainte-Catherine, Parc, Gare Centrale, Schuman et Mérode. Les mesures ont été effectuées pendant une heure, entre 15h30 et 16h30.
Le constat le plus immédiat a été la relation entre les PM2,5 et les PM10 dans ces stations. Sur les six sites étudiés, les concentrations de PM10 étaient systématiquement supérieures à celles des PM2,5, avec un rapport moyen de 1,6 entre les deux – ce qui indique clairement que les particules grossières dominent la charge particulaire dans l'air du métro bruxellois, conformément aux sources mécaniques typiques des environnements ferroviaires.

Sur les cinq stations où les PM2,5 ont été évaluées, quatre ont dépassé le seuil de 15 μg/m³ fixé par l'OMS pour 2021 sur 24 heures. L'usure des freins et des roues a été identifiée comme la principale source de pollution. Une mauvaise ventilation dans certaines stations aggrave le problème, favorisant l'accumulation des particules fines au lieu de leur dispersion.

Les PM10 ont présenté un constat similaire : toutes les stations, à l’exception de Schuman, ont dépassé la limite de 45 µg/m³ fixée par l’OMS pour 2021 sur 24 heures. La station Parc a enregistré les niveaux de PM10 les plus élevés du groupe, principalement en raison des importants travaux de construction en cours au moment des mesures. Les résultats relativement meilleurs de Schuman sont liés à des rénovations récentes et à l’ajout de sorties qui ont amélioré le renouvellement de l’air dans la station.

Intérieur versus extérieur à la Gare Centrale
Pour étudier la relation entre la qualité de l'air en gare et celle de la rue, Airscan a également comparé les concentrations de PM2,5 et PM10 à l'intérieur et à l'extérieur de la Gare Centrale. Les concentrations intérieures étaient significativement plus élevées qu'extérieures au même endroit, en raison de l'espace clos, des travaux en cours et de la ventilation limitée de cette gare pendant la période de mesure. L'air extérieur, réparti sur une plus grande surface et influencé par le vent et d'autres facteurs météorologiques, disperse les particules plus largement ; ces conditions ne s'appliquent pas en sous-sol.


Que peut-on réellement faire ?
Réduire l'exposition aux particules fines dans les environnements métropolitains exige une action au niveau des infrastructures, et non pas seulement des comportements individuels. L'amélioration des systèmes de ventilation, qui renouvellent activement l'air et évacuent l'air pollué, est la solution la plus efficace. Un nettoyage régulier par aspiration – plutôt que par des méthodes qui remettent en suspension la poussière déposée – permet de maintenir des niveaux de pollution plus bas entre les périodes de pointe. L'utilisation de matériaux de freinage à faibles émissions réduit l'une des principales sources de pollution à la source. L'installation de systèmes de surveillance continue permet aux opérateurs d'identifier les stations problématiques, de suivre les tendances et de réagir aux pics de pollution plutôt que de constater les problèmes a posteriori.
Pour les usagers individuels des transports en commun, en particulier ceux qui souffrent de problèmes respiratoires, les données en temps réel sur la qualité de l'air et le port du masque aux heures de pointe constituent des mesures pratiques en attendant que les améliorations des infrastructures se concrétisent au fil de cycles de planification plus longs.